Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

« Le nègre de Surinam »

Candide

Voltaire

 

  Le commentaire porte sur l'extrait du chapitre XIX suivant : de "  En approchant de la ville, ils  rencontrèrent un nègre étendu par terre" à "et en pleurant, il entra dans le Surinam".

 

 

 


Un commentaire est une étude formelle d’un texte où l’analyse de la forme doit éclairer le sens du texte. On ne vous demande donc pas de redire le texte (ce qui est de la paraphrase), mais d’en éclairer la forme (la formulation).

 

Pensez toujours à des points techniques que vous pouvez étudier :

[      le registre (ici, le registre pathétique et ses procédés étaient l’une des entrées).

[      si le texte contient du récit, du discours (dialogues, monologues…).

[      la description (est-elle neutre ou subjective ? quel est son effet ?)

[      le point de vue (qui voit la scène ? qui parle ?)

[      l’ironie, l’humour, l’antiphrase

[      le réalisme ou non de la scène

[      les figures de style et les figures de construction

[      les sous-entendu

Points de méthode :

 

§         L’introduction doit rappeler le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre (qui se souligne), le titre de l’extrait ou du chapitre, et la date (il s’agit de la date de publication). Elle doit ensuite rappeler ce qui se passe dans le texte, puis donner la problématique, et enfin annoncer le plan.

§         L’introduction fait un seul paragraphe : ne sautez jamais de ligne à l’intérieur de l’introduction, sans quoi on ne sait plus si vous avez commencé le développement ou pas.

§         Sautez une ligne entre vos parties et les transitions.

§         Une transition est faite pour conclure sur la partie précédente et introduire la partie suivante. cf. exemple de transition entre la première et la deuxième partie proposée.

§         La conclusion est un moment important du devoir : elle est ce par quoi le lecteur termine et doit emporter son adhésion. Elle est là pour récapituler de façon rigoureuse les idées principales du devoir et pour répondre à la problématique.

 

I / Discours de l’esclave ou réquisitoire du philosophe ?

1.1     ) Le point de vue de l’esclave…

Ce point de vue permet d’être au plus près de la réalité inhumaine de l’esclavage (relevé des éléments de témoignage de l’esclave) et en même temps d’être décalé par rapport à la société européenne pour mieux en souligner les injustices et les contradictions (esclavage et christianisme, hypocrisie des prêtres avec le détournement de la censure qui consiste à situer la scène au Surinam – d’où la précision que le narrateur prend bien soin de souligner : « lui dit Candide en hollandais » - et non dans une colonie française et à présenter l’attitude des pasteurs protestants et non celle des prêtres catholiques, mais derrière cet écran, on sent que c’est bien sûr la société française qui est visée).

1.2     ) … mais l’ironie philosophique qui fait entendre la voix de l’auteur…

Ironie dans le nom du maître, ton subjectif parfois, et derrière la voix de Candide et son évolution émotionnelle, l’indignation du philosophe dans la mise en accusation de la société européenne. C’est aussi le vocabulaire d’un européen que l’on entend (« généalogiste », « cousins issus de germains »).

1.3     ) …contre la philosophie leibnizienne

Cet extrait se présente comme un exemple de la réfutation voltairienne de la philosophie de Leibniz, avec un certain humour dans la reprise en écho avec aggravation des commentaires de Candide (comique de répétition). L’auteur en profite pour se moquer de son éditeur.

Transition : On entend donc derrière les voix de l’esclave ou de Candide celle de Voltaire qui se manifeste à travers l’ironie, mais aussi dans ses règlements de compte personnels à l’égard de la philosophie de l’optimisme ou de ses ennemis. Cette polyphonie énonciative implique que la dénonciation de l’esclavage passe à la fois par la voix de l’esclave et par la manipulation argumentative du texte par l’auteur.

 

II / L’art de la persuasion et la manipulation du discours

2.1     ) La formulation de l’esclave

Mots qui appartiennent au vocabulaire de l’esclave : « fétiches », réinterprétation au sens premier des paroles des pasteurs : emploi du sens premier des mots, décalage entre le signifiant et le signifié.

2.2     ) Une rhétorique argumentative

La composition rhétorique du discours (présentation des faits, explication, dénonciation) ; réfutation des objections implicites (l’esclavage n’est pas seulement le fait des blancs puisque les noirs vendent leurs enfants, exemple des parents de l’esclave en réponse, abusés par le préjugé de la supériorité de l’homme blanc sur l’homme noir) mais les réponses expliquent sans tomber dans un manichéisme naïf.

2.3     ) La parataxe

L’absence de lien causatif montre le caractère mécanique et irréfléchi des châtiments. La confusion entre châtiment et acte médical. L’allusion au Code Noir de Louis XIV. Elle laisse aussi au lecteur le rôle de prolonger la réflexion et de prendre en charge la dénonciation de l’esclavage.

 

III / La démarche polémique

3.1     ) Une narration négative

La narration est en apparence objective mais des incises sont subjectives. La description négative procède uniquement par soustraction et montre un personnage de plus en plus démembré, du côté du manque. Déséquilibre d’un corps devenu impossible.

3.2     ) Le scandale de la résignation

Le discours de l’esclave est assertif et résigné et sa construction présente le personnage comme un cas d’application d’une pratique courante.

3.3     ) Une fin entre humour et désespoir

La conclusion de Candide offre un décalage plaisant avec ce qui vient d’être décrit. L’humour permet de continuer malgré toute la narration mais la reprise des évangiles offre au lecteur un espace d’identification à la figure de la compassion, qui finalise le registre pathétique du texte.   

 

C. B

 

Partager cette page

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de litterale.cirilbonare.over-blog.com
  • Le blog de litterale.cirilbonare.over-blog.com
  • : Blog traitant de toutes les littératures, de celles que l'on enseigne en Terminale littéraire, et de celles que l'on n'enseigne pas.
  • Contact

Recherche

Liens