3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 17:49

Séance 11

Lecture analytique d’un extrait du chapitre 27

 

 

Objectifs : étudier :

la remise en cause de la coutume

le récit d’un combat

la satire de la vie monacale

 

Rappel de la situation de l’extrait dans l’œuvre :

 

L’apparition de frère Jean dans l’œuvre a une fonction comique : au moment où Gargantua se débarrasse de ses vices et devient moins comique et plus exemplaire, le moine paillard, glouton et grossier apporte le comique qui n’est plus attaché au personnage de Gargantua.

Le personnage de frère Jean a donc une fonction comique. Grâce à lui, le narrateur et son personnage se livrent à une satire et une condamnation de tous les moines.

 

Trouver la composition du passage :

 

l.1-12 : le portrait des moines et de frère Jean des Entommeures.

l.13-32 : l’inaction des moines pendant le pillage des vignes par les ennemis

l.33-57 : le combat de frère Jean et des ennemis.

 

Problématique : la satire des moines et de la vie monacale et la parodie des combats épiques

 

I – La satire des moines et de la vie monacale

 

Il s’agit là d’une abbaye bénédictine, à « Seuillé », ordre auquel Rabelais appartenait encore malgré tous ses manquements à la règle.

 

Le jeu de mots initial « les pauvres diables de moines » se moque des moines en les associant à leur opposé, le diable. Il s’agit de dénoncer la nature proprement diabolique des moines (l’expression ne peut passer pour un simple juron dans le contexte du XVIe siècle).

Ironie / Moines par le jeu de mot, l.2, qui juxtapose la réunion des moines – les moines se réunissent « ad capitulum » - et leur capitulation : « ils firent sonner au chapitre les capitulants ». De fait, la vie monacale est marquée par l’inaction :

Le narrateur insiste sur l’impuissance et l’inutilité des actions des moines : ces actions ne sont que paroles là où il faudrait des actes. L’ironie est particulièrement perceptible dans l’insistance sur les qualifications mélioratives : « une belle procession », « de beaux psaumes et de litanies », « de beaux repons ». « A grand renfort » est ironique par le contraste entre l’activité déployée et la vacuité de celle-ci. Il y a un décalage entre la tonalité admirative, le lexique élogieux et l’inutilité des actions. Faussement admiratif, la narrateur souligne la vacuité et l’inutilité des actions des moines. Rabelais suggère qu’ « il n’y a aucun mérite dans une piété purement verbale que n’accompagne pas une action guidée par la morale » (M. Screech, Rabelais).

La suite du récit montre la vacuité des occupations : les prières sont des textes sans signification ânonnés bêtement par des moines qui ne les comprennent pas : exagération des ânnonements, l.18-19. De plus, le discours est ici pris d’un bégaiement en contraste avec ce qui est dit « tu ne craindras pas l’assaut des ennemis ». L’absurdité constatée vient d’une parole religieuse en contradiction avec les sentiments profonds des moines.

Le commentaire de frère Jean, fondé sur l’homophonie renforce par son caractère antiphrastique la dépréciation de ces prières : « C’est […] bien chien chanté. », l.20.

Plaisanterie sur le caractère soiffard des ordres monastiques par la transformation de la formule de prière « donnez-nous notre pain quotidien » en « Seigneur Dieu donnez-nous notre vin quotidien ! » (l.25-26).

Dénonciation de l’hypocrisie des moines qui sous couvert de religion et de mortification, sont en fait des soiffards : « le service divin » (l.29) devient le « service du vin » (l.30), prolongé par la maxime comique : « Jamais un homme noble ne hait le bon vin : c’est un précepte monacal » (l.31-32).

Dénonciation du caractère intolérant des ordres religieux et de leur violence : frère Jean doit être mis au cachot pour avoir interrompu un service au demeurant inutile et sans signification, l.27-28.

L’ironie fait ici apparaître les anomalies de la vie monastique. Elle détruit l’image ordinaire d’homme pieux, au service de la communauté, occupés de choses spirituelles.

 

Le portrait de Fère Jean est un portrait plein d’humour. L’humour réside ici sur le contrepoint tonal : dans une énumération de qualités psychologiques se glisse la notation physique « pas manchot ». L’accumulation de qualificatifs couvre le portrait psychologique jusqu’à « décidé », le portrait physique avec une plaisante réification « haut », puis le caractère selon la complexion médicale (expliquer « bien fendu de gueule, bien servi en nez ») et enfin l’attitude du moine face à la religion. Pourtant, frère Jean a tous les défauts que les satiristes accordent traditionnellement aux mauvais moines : maigre, porté à l’amour, léger, glouton, paillard, grossier. Mais il a aussi des qualités qui rachètent ses défauts : il sait agir, se dresser et combattre quand son abbaye est injustement attaquée.

Ainsi, les faiblesses paillardes des moines apparaissent secondaires au regard du grand défaut que frère Jean n’a pas : l’inutilité et la paresse des moines qui s’en tiennent à un rituel verbal.

L’anaphore de « bien » puis de « beau » accroît l’insistance, la modalité élogieuse et donc l’humour de la narration.

Le narrateur par la modalité appréciative semble donner raison à frère Jean : il est bon d’être franc, bon vivant et d’expédier les rites avec désinvolture. Le rythme binaire renforcé par l’anaphore souligne la modalité méliorative sur cette désinvolture.

La narration souligne plaisamment ce portrait peu conventionnel par « un vrai moine » et le jeu de mots fondé sur l’homophonie « depuis que le monde moinant moina de moinerie ».

Le texte se fait mélioratif sur le caractère lettré de frère Jean mais avec humour grâce à l’hypallage : « clerc jusques aux dents ».

Par opposition aux autres moines, frère Jean est dans l’action efficace, tout en étant un lettré humaniste et bon vivant. Il est aussi soucieux de la vie d’ici-bas et défend l’abbaye plus pour des raisons matérielles que pour des raisons spirituelles.

 

II – La parodie du combat épique

 

Parodie du combat épique, sur le mode comique, d’une tradition des romans de chevalerie et des chansons de gestes depuis l’archevêque Turpin dans La Chanson de Roland.

Le nom de frère Jean est une dénomination propre : le nom est composé intentionnellement et forme sens : entamures ie « chair à pâté ».

La parodie du combat épique passe par :

- le choix de l’arme : le bâton de la croix ce qui montre de la désinvolture vis-à-vis des objets sacrés.

- l’habillement : le froc en écharpe

- l’usage incongru et grotesque des objets : les tambours et les trompettes sont remplies de grappes de raisin.

- la comparaison dépréciative entre les ennemis et les « porcs »

- l’amplification systématique des blessures détaillées avec raffinement dans un effet d’hypotypose et d’hyperbole encore renforcée par l’accumulation de verbes d’action.

 

Michael Screech explique le comique de la guerre par la déshumanisation des ennemis et la banalisation des blessures (p.232-233). Peut-on émettre l’hypothèse d’une déréalisation des blessures et de la mort (la souffrance n’apparaît pas) ou au contraire doit-on penser que les angoisses de la Renaissance ressurgissent dans cette insistance sur les souffrances de la guerre, des blessures et de la mort ?

 

Mais le comique est aussi plus subtil : le bois de cormier se dit en latin « cornus ». Or, les lecteurs de Virgile savent que ce bois est le « bona bello cornus » : « le bois bon pour la guerre ». De plus, les inscription des fleurs de lys font penser que frère Jean agit pour les intérêts du Roi (François Ier). D’ailleurs, Grandgousier apparaît comme le modèle du roi de sagesse.

De plus, le fait que frère Jean utilise une croix peut ne pas être lu dans une optique blasphématoire de la part d’un écrivain évangélistes. Evangélistes et Réformateurs observaient en effet un scepticisme hostile à l’égard des reliques et des objets du culte, déniant à ceux-ci tout caractère sacré : l’objet est le symbole d’une vérité sacrée, il n’est pas sacré en lui-même.

 

 

 

Rabelais se livre à une satire de la vie monastique et des moines : leur dignité ne recouvre que de la paresse, de l’inaction et de la passivité. Dans Le Quart Livre, frère Jean rappellera que les hommes doivent toujours travailler avec Dieu, et pas seulement le harceler de leurs prières tout en restant passifs. De plus, toutes les oraisons des moines sont entachées d’ignorance, de superstition, et ne correspondent à aucun sentiment intérieur. Les moines sont de plus paillards et intolérants.

Frère Jean partage certains de ces défauts mais il a pour lui l’action, le bon sens qui préfère le geste à la parole.

La guerre qu’il livre contre les ennemis est traversée par le rire et la parodie : apprivoisement de la peur de la guerre et de la mort en ce XVIe siècle inquiet de la guerre entre François Ier et Charles Quint ?

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commentaires

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