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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 18:48

Séance 1

Sujet : Lucien Febvre, dans Le problème de l'incroyance au XVIe siècle (1942), disait : "Rabelais fut pour son temps un libre esprit. Il fut un homme de robuste intelligence, de vigoureux bon sens et dégagé de maints préjugés qui avaient cours autour de lui". Ce point de vue semble-t-il juste sur l'auteur Rabelais, au regard de sa biographie ?

 

Points d'éclaircissement sur la biographie :

·         Le problème des études à la fin du XVe siècle, et au début du XVIe siècle :

François Rabelais suit l'enseignement délivré à ce moment là : le cursus studiorum : le trivium d'abord (grammaire, rhétorique, dialectique) puis le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie). Ce sont des méthodes médiévales sclérosées, fondées sur des méthodes de questions-réponses, des extraits uniquement, des traités de grammaire en vers léonins : tous ouvrages destinés à abrutir la jeunesse. Pas de contact direct avec les oeuvres de l'Antiquité, une volonté de souligner la vérité de l'Histoire sainte jusqu'à l'absurde... On en trouve un écho dans le premier enseignement, totalement abrutissant de Gargantua, et dans les règles de la logique d'Aristote, dont l'auteur fait une application plaisante au début du chapitre X. Tout cela relève de lascolastique.

·         Le problème des études dans les ordres :

François Rabelais est d'abord entré comme frère mineur au couvent du Puy-Saint-Martin, à Fontenay-le-Comte. C'est un monastère de la "Stricte Observance", où la discipline particulièrement rigoureuse ne favorise pas la vie intellectuelle. erasme et les humanistes ont dénoncé l'ignorance de l'ordre franciscain, son attachement à la scolastique traditionnelle et son relâchement moral. Frère François s'y rend suspect pour sa passion du savoir.

Ce qu'il a néanmoins retenu des frères franciscains et qu'on retrouve dans Gargantua : une liberté de parole, un don de l'éloquence populaire caractéristique des frères "Mendiants" à la véhémence gaillarde et à la crudité de langage.

En 1523, les supérieurs du couvent confisquent à Rabelais et à son ami Pierre Lamy leurs livres de grec.

Rabelais envoir une supplique au pape Clément VII pour être intégré à l'ordre des Bénédictins. Il ira finalement à l'abbaye bénédictine de Saint-Pierre-de-Maillezais, dont l'ordre est moins fermé à la culture profane et aux controverses contemporaines.

Dans Gargantua, il fera une satire de la vie monastique et de l'ordre des bénédictins, mais c'est parce qu'au moment où il écrit Gargantua, il s'est libéré de l'Eglise et prend fait et cause pour la médecine.

L'évêque de cette abbaye, Geoffroy d'Estissac, est un prélat lettré. Il fait de Rabelais son secrétaire et le prend sous sa protection. Avec lui, Rabelais visite le Poitou, il l'accompagne dans ses tournées.

Il admire ainsi près de Poitiers le château de Bonnivet, inspirateur de l'abbaye de Thélème. C'est au cours de ces voyages que lui vient aussi l'idée de fustiger tous les charlatans, comme dans le chapitre XLV de Gargantua.

Au prieuré de Ligugé, Geoffroy d'Estissac rassemble des lettrés humanistes. Le cercle de Ligufé s'intéresse à la culture antique, et se préoccupe de morale, de réforme de l'Eglise et de toute "humaine science", y compris la "phisique" et la médecine. On s'intéresse à la poésie, à Virgile, Salluste, Cicéron et aux Italiens (Dante, l'humaniste Philelphe).

·         L'exercice laïque et religieux de la médecine :

L'esprit humaniste incitait à une connaissance totale de l'homme, corps et âme. Mais il faut distinguer l'exercdice laïque et l'exercice religieux de la médecine. la règle ecclésiastique interdisait aux moines l'usage du fer et du feu (du scalpel et de la cautérisation), et le droit de soigner moyennant salaire. C'est pourquoi Rabelais abandonna le couvent bénédictin dans l'autorisation de ses supérieurs, commettant ainsi un crime "d'apostasie", avant de réintégrer l'Eglise un peu plus tard.

Il prend parti pour la médecine grecque, contre la médecine arabe, et profite de sa connaissance directe des textes grecs. L'enseignement que Ponocrates donne à son élève, au chapitre XXIII, laisse entrevoir l'étendue de ses lectures.

Rabelais va à Montpellier où s'affirme le mouvement de l'humanisme médical, la foi dans le progrès d'une médecine rationnelle, méthodique, redécouverte dans les textes grecs retrouvés, mieux compris, correctement édités.

·         L'importance du séjour à Lyon :

Entre 1530 et 1536, Rabelais trouve à Lyon un climat propice à l'enthousiasme humaniste dans cette cité où soufflait l'esprit nouveau depuis la fin du XVe siècle. La ville abrite une importante colonie italienne et l'influence de l'Italie se fait sentir dans tous les domaines.

La vie intellectuelle lyonnaise est alors à son apogée : Guillaume Scève contribue à l'animer. Dans ce qui a été improprement nommé l' "école lyonnaise", on retrouve les divers courant du pétrarquisme, du platonisme venus d'Italie, de la courtoisie médiévale, de l'hermétisme et de l'humanisme. La philosophie de l'amour réunit les amis de Clément Marot, et les poétesses Claude et Sybille Scève, Marguerite de Bourg, Jeanne de Stuard, Jeanne Gaillarde et Louise Labé.  Rabelais fréquente le poète Saint-Gelais, Antoine du Saix et les poètes néo-latins Salmon Macrin et Etienne Dolet.

Lyon est aussi la capitale de l'imprimerie, qui y a été introduite dès 1473.

·         L'usage de la langue :

La langue considérée comme savante et encore utilisée dans toutes les études est le latin.  Rabelais possède parfaitement le latin et les nombreuses citations qui émaillent Gargantua en sont la preuve. Il possède également parfaitement la langue grecque, qui lui permet un contact direct avec les textes antiques redécouverts à la Renaissance. Le français, pas encore véritablement formé, pas du tout codifié, est considéré comme une langue vulgaire et populaire. De fait, dans de nombreuses régions, on parle encore le patoi local, quand ce n'est pas la langue régionale. Cependant, la Renaissance est marquée par la volonté de promotion de la langue française, sous l'impulsion des poètes du XVIe siècle de la Pléiade, Ronsard et Du Bellay en tête, et leur manifeste, et sous l'influence du Roi François Ier qui veut créer une langue officielle, d'Etat. Rabelais participe à ce mouvement humaniste. En 1532, il publie Les horribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dipsodes filz du grant geant Gargantua composez nouvellement par Maistre Alcofrybas Nasier. Le livre est en Français et s'il est édité par Claude Nourry, dit le Prince, spécialiste d'ouvrages à destination populaire, et imprimé en caractères gothiques, la présentation en est plus soignée que pour les livres de colportages. Bientôt, Rabelais va toucher un public plus vaste, pas nécessairement populaire, mais pas non plus uniquement d'érudits latinisants.

·         Le problème du rire :

Le rire, que Rabelais revendique au début de son oeuvre Gargantua, est problématique dans le contexte religieux de la fin du Moyen-Age. Il est considéré comme l'expression de la puissance démoniaque et condamné par les ordres les plus rigoristes de l'Eglise. Le rire est de plus considéré comme susceptible de porter sur l'Histoire et les vérités saintes. Il est donc facilement perçu comme sacrilège. De ce point de vue, les plaisanteries sur la généalogie de Gargantua et sur celle du Christ, ainsi que sur les interdictions de la Sorbonne pouvaient être perçues comme fortement sacrilèges et valoir la peine de mort à leur auteur !

·         Les rapports avec les Du Bellay :

Le clan Du bellay est composé de diplomates servant les intérêtes du Roi, toujours soucieux de faire avancer la cause humanistes en France, occupés de politique, d'affaires ecclésiastiques, de réformes universitaires. Ils suivent Erasme et Melanchton et sont opposés aux théologiens réactionnaires comme Béda et ses collègues de la Sorbonne. Leur fréquentation est pour Rabelais une expérience libératrice.

·         Les destinataires de l'oeuvre de Rabelais :

Pantagruel restait à bien des égards un livre provincial et érudit. Sa lecture relevait du Cabinet du savant. Gargantua s'adresse au contraire à des lecteurs non-spécialistes, un public national et lettré, mais pas forcément érudit. L'oeuvre vise le monde profane, le gentilhomme qui a des lumières sur tout.

Gargantua incite à la détente, propose un modèle de roi-philosophe, parle de la défaite de pavy et de la capture de François Ier. On sent l'influence du clan Du Bellay : Guillaume du Bellay, diplomate, Jean du Bellay, prélat qu'il suit plusieurs fois à Rome. On peut ainsi se demander si Jean du Bellay n'est pas l'inspirateur de la figure de frère Jean qui prend, dans Gargantua, un développement inattendu. Rabelais vis désormais un public de Cour et les puissants !

 

La vie et l'oeuvre de Rabelais sont une leçon de liberté, de curiosité intellectuelle, d'humanisme et de réjouissances. Gargantua invite au plaisir de la lecture, à l'interprétation personnelle, livre et vivante. C'est pourquoi, afin de suscer la "subtantifique moëlle" est-il nécessaire de lire l'oeuvre dans le texte, pour en comprendre la richesse sémantique, les sens cachés, les équivoques et les jeux de mots. Après une première lecture permettant de comprendre l' "histoire", il faut absolument se confronter au texte de Rabelais.

 

 Définitions :

Courtoisie médiévale (la) : idéal de vie colporté par la poésie du moyen âge, caractérisé par le respect de la femme, le culte de l'idéal chevaleresque, l'amour de l'aventure et le souci de la pureté du style.

Hermétisme (l') : doctrine occulte, qui tire son nom d'Hermès Trimégiste? Cultivé pendant tout le moyen âge, l'hermétisme suppose des relations mystérieuse entre toutes les portions de l'univers visible et invisible. Cette prétendue science se confond avec l'occultisme, la magie, l'alchimie.

Humanisme (l') : doctrine des humanistes de la Renaissance, remettant à l'honneur les textes de l'antiquité grecque et latine, et faisant la promotion des langues vulgaires. Présent en Italie dès le XIVe siècle, il se répend dans toute l'Europe au XVIe siècle, se caractérise par la soif de savoir, l'optimisme dans l'humanité, la défense des idées nouvelles, la volonté de réformer l'Eglise et la société.

Pétrarquisme (le) : Imitation de la manière de Pétrarque, poète et humaniste italien (1304-1374), découvreur de textes antiques, connu pour ses poésies en langue vulgaire et inventeur du sonnet et du canzionere.

Platonisme (le) : système philosophique hérité de Platon, philosophie spiritualiste, croyant aux essences, et utilisant la dialectique pour parvenir aux Idées. Les doctrines platoniciennes sont volontiers associées à la doctrine chrétienne.

Réforme (la) : mouvement religieux et politique du XVIe siècle qui brisa l'unité catholique et conduisit un certains nombres de pays européens à se soustraire  de l'autorité papale. En un sens plus large, le terme s'applique à tous les efforts faits, au sein ou en dehors de l'Eglise pour rénover la vie chrétienne et l'organisation du clergé. On parle de Réforme protestante et de Contre-réforme catholique.

Scolastique (la) : enseignement propre au Moyen Age, dans les monastères et les écoles épiscopales. La scolastique indique principalement une méthode d'enseignement, d'organisation et de discipline, fondée sur la controverse, la défense de la vérité sainte, la dialectique, la méthode d'autorité, la logique formelle et la rhétorique. Cet enseignement, volontiers sclérosé et fermé aux idées nouvelles ne permettait pas une lecture directe des textes antiques : on commente des commentaires, le latin d'école devient un jargon, et la formation intellectuelle dégénère trop souvent en vaines acrobaties qui ne développent ni l'intelligence ni le sens critique.

Sorbonne (la) : nom donné à l'ensemble des membres de la faculté de théologie, dont les décisions jouissaient de la plus haute autorité en matière de foi et qui jouèrent un rôle prépondérant dans les affaires religieuses, par leurs condamnations et leur censure.

 

Notices biographiques :

Béda

Théologien français , mort en 1536, syndic de la faculté de Théologie. Il a combattu avec ardeur les promotteurs de la Réforme en France.

Du Bellay

Guillaume du Bellay (1491-1543), général et diplomate français, auteur de Mémoires. Jean du Bellay (1492-1560) cardinal et homme d'Etat. Joachim du Bellay (1522-1560), cousin des précédents. Un des poètes les plus remarquables de la Pléiade, auteur des Regrets et des Antiquités de Rome. Sa défense et Illustration de la langue française fut le manifeste de la nouvelle école.

Etienne Dolet

Humaniste, traducteur,  grammairien, apôtre de la langue nationale, imprimeur, cet esprit novateur et philosophe hardi fut également poète ebn latin et français. Il fut pendu et brûle sur la place Maubert à Paris pour ses opinions de libre penseur (1509-1546).

Erasme

(1467-1536) Erudit hollandais, le plus grand humaniste de la Renaissance, ayant mené des travaux d'exégèse, écrit des satires contre les moines et les théologiens qui font de lui l'un des précurdeurs de la Réforme. Auteur de Colloques et de l'Eloge de la folie. Erasme a critiqué l'ensemble des institutions médiévales. Les deux sources de la sagesse sont pour lui la littérature antique et la Bible ; à la Bible il applique le principe du retour aux textes et de leur interprétation libre et directe.

Melanchton

Savant, théologien allemande (1497-1560), ami de Luther et dévoué à la Réforme. Il rédigea avec Camerarius la Confession d'Augsbourg.

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