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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 17:37
Le Prologue

 

Problématiques :
    Quel mode de lecture et de pensée demande le narrateur ?
    En quoi le narrateur s’oppose-t-il déjà à la Sorbonne et plus généralement à toute forme d’oppression mentale ?
QUESTIONS :
①.    En vous aidant d’un dictionnaire et d’une encyclopédie, dégagez les différents sens du mot « Silène » tel qu’il est utilisé dans le « Prologue » et les différentes époques auxquelles ces sens correspondent. Montrez que la démarche de l’auteur vise à clarifier pour un public qui n’est pas érudit un adage antique.
②.    A propos de Gargantua, dites en quoi le modèle du Silène peut sembler pertinent. Quels sont les deux aspects de l’œuvre que ce modèle met en évidence ?
③.    Quelle est la représentation du lecteur dans ce « Prologue » ? Quel mode de lecture l’auteur réclame-t-il ?
④.    Contre quels excès interprétatifs l’auteur met-il en garde ?
 D’après le nouveau style, rédaction tardive, après celle de l’histoire, juste avant la publication. [ Concentre les finalités de l’œuvre, ce qu’a voulu faire Rabelais, son message principal.
 1. Pour désigner son œuvre, Rabelais utilise l’image du « Silène ».
    Parole d’Alcibiade dans Le Banquet de Platon : comparaison que fait Alcibiade entre Socrate et des petites statuettes appelées « Silènes », laides et ridicules mais qui révélaient l’image d’un dieu quand on les ouvrait.
    Silène : personnage de la mythologie, gros, vieux, laid et ivrogne qui fait partie du cortège de Bacchus.
    Ici, l’auteur donne un équivalent des sileni antiques : boîtes vilainement décorées chez les apothicaires, mais qui contiennent des drogues précieuses.
 [ Il trouve un équivalent des sileni antiques, car seuls quelques lecteurs peuvent connaître ces sileni. On voit la volonté de clarification, la volonté d’être audible auprès d’un public lettré. Cette œuvre est aussi une œuvre argumentative, destinée à un public lettré et modain. Elle propose un véritable dialogue avec le lecteur, un partage des connaissances et de la réflexion.
 L’adage des silènes est en fait un lieu commun classique. Ce n’est pas une trouvaille d’érudits mais il appartient au fonds commun de culture classique des humanistes et du public lettré (Erasme y consacre un essai important dans ses Adages ; adages et apophtegmes ont d’ailleurs un immense prestige à la Renaissance). C’est donc une image utilisée par l’humanisme. Cette œuvre s’affirme comme une œuvre humaniste.
2. La figure de Socrate est utilisée pour désigner l’œuvre de Gargantua. Socrate est en effet un personnage à l’extérieur laid, ridicule et gauche. Mais intérieurement, il est « divin » par sa sagesse, méprisant les envies vulgaires, homme de connaissance et d’intégrité morale.
 Il est donc un paradoxe comme l’œuvre de Gargantua :
• apparence laide, rustre, de conte populaire à la matière triviale (filiation possible avec Pantagruel et écrit en français, langue méprisée et éditée en caractères gothiques)
• porteur de sagesse // Utopia de Thomas More que le traducteur en français compare aux sileni d’Alcibiade.
L’auteur invite donc à un double niveau de lecture, et à voir sous la fable et le conte grossier la sagesse qui y est cachée.
 Cependant, si cette œuvre est porteuse de sagesse, alors pourquoi ces éléments qui semblent intrus comme le vin ? Socrate, dans Le Banquet, est présenté à la fois comme divin mais aussi comme à visage humain. On peut ainsi comprendre dans le même Prologue l’éloge du vin, des plaisirs de la vie, de la compagnie, qui élève l’âme. La sagesse que propose Rabelais est une sagesse à visage humain, et non le savoir desséchant d’un érudit de cabinet.
3. Le lecteur est comparé au chien de Platon qui ronge l’os afin d’atteindre « la substantifique mœlle ».
 Rabelais demande ainsi une lecture qui cherche dans le livre un sens plus profond, sens que les sages trouvent sous la banalité de surface.
Il faut percevoir les éléments sérieux en dépit de l’aspect trivial de l’histoire.
Rabelais invite ainsi le lecteur à se confronter directement à son texte, de façon libre, raisonnable et indépendante. Il en appelle à l’interprétation personnelle. Il veut que son lecteur réfléchisse par lui-même et non en fonction d’autorités extérieures. On voit là un mode de lecture humaniste à l’opposé de la scolastique sclérosée que avait abandonné le libre exercice de l’entendement au commentaire déjà fait et jugeait de tout en fonction d’autorités religieuses extérieures.
C’est proprement faire exercice de liberté, dans la conscience de la richesse sémantique du texte, et ne plus se soumettre à l’oppression mentale religieuse.
4. En même temps, Rabelais invite à se garder de la surinterprétation, d’une ingéniosité perverse qui voit dans un livre tout à fait au-delà de ce qu’un auteur a voulu y mettre (ex. : significations codées chez Homère, ou éléments chrétiens chez Ovide).
 
Contre la scolastique et la Sorbonne (autorité religieuse pourchassant les blasphèmes et les hérésies), Rabelais réclame une liberté de penser, une lecture qui soit une interprétation personnelle et libre des texte, contre toute forme d’oppression mentale.
D’ailleurs le chapitre II invite au déchiffrement et à l’interprétation personnelle en refusant tout sens clair et figeable collectivement. De même, l’ « Enigme en prophétie » qui clôt Gargantua offre aussi au lecteur de multiples interprétations possibles.
 
Rabelais propose donc une nouvelle méthode, humaniste, de penser.
 
 
ù Le Moyen Age est dominé par la méthode scolastique qui étouffe des textes peu sûrs sous des commentaires et empêche le contact direct avec les textes.
ù Cette méthode veut de plus tout interpréter dans le sens des vérités révélées par la Bible et acceptées par l’Eglise. Cela veut dire que la solution du raisonnement est donnée au départ ! Reste à rattacher tous les textes à cette vérité a priori !
ù C’est en plus une entreprise terroriste pour la pensée et la personne puisque tout ce qui échappe à cette vérité, ou qui semble s’en écarter est considéré comme blasphématoire et est puni de mort. Ecrire l’histoire comique de géants soiffards est donc en soi un véritable acte de liberté et de bravoure ! Rabelais n’a pu échapper aux condamnations de la Sorbonne que grâce à ses amis puissants.
ù Enfin, cette volonté de comprendre le monde et les écrits en les conciliant avec la vérité religieuse amène à des excès interprétatifs comme rapporter les Métamorphoses d’Ovide eu sens chrétien.
[ Cette scolastique s’appuie sur le principe de la quadruple interprétation :
- littérale
- allégorique
- tropologique : interprétation morale, préceptes de conduite
- anagogique : sens spirituel en lien avec les Ecritures.
 
 
Cette situation permet de comprendre les insultes à l’égard de la Sorbonne dans le « Prologue » : il y a là un réel danger !
 
 
Rabelais appelle à un nouveau mode de compréhension et d’interprétation inspiré d’Erasme et revendiqué par l’humanisme.
ù Il faut s’affranchir des médiations (commentaires) et des méthodes contraignantes pour acquérir un libre esprit (pas de fidélité rigide à la lettre).
ù Rabelais en appelle à une médiation intime, intuitive.
ù Il faut s’approcher du sens sans vouloir le contraindre (le faire servir à une vérité extérieure) ou l’épuiser. La lecture est ainsi une démarche prospective, une aventure spirituelle, faite de liberté de l’esprit.
ù Il faut rejeter les préjugés, les principes rigides [ interpréter « toutes choses à bien » ie dans la confiance et la générosité.
ù La réflexion est donc une démarche intérieure, faite de liberté.
 
 
Rabelais veut enfin répliquer à l’oppression mentale et à la violence par le rire.
[ il rend ridicule son adversaire
[ il fait de la parole non plus une arme, mais une récréation commune, une voie vers la sagesse, d’où les scènes de conversation joyeuse, de facéties, de jurons, de balivernes, qui neutralisent les tensions et les inquiétudes.

 

 

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Doc 02/10/2011 13:05


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